Paul Valéry

Ce poème sera visiblement en préface du prochain livre d’Eva Delambre auteure de Devenir Sienne. Lisez, appréciez.

Tout à coup ma main sur toi, prompte et puissante, s’abattra.
Je te prendrai par la nuque pleine et ronde,
A la base du savoir et du vouloir, entre l’âme et l’esprit.
Je te tiendrai par le support de ta tête rebelle,
Par le pivot de tes lumières;
Je te presserai vers ce que je veux, et que tu ne veux
Et que je veux que tu veuilles;
Je te mettrai rompue et belle sous mes pieds, et je te dirai que je t’aime.
Et je te ploierai par le col jusqu’à ce que tu m’aies compris, bien compris, tout compris,
Car je suis ton Seigneur et ton Maître.
Tu pleureras, tu gémiras;
Tu chercheras une lueur de faiblesse dans mes regards;
Tu lèveras, tu tordras tes mains suppliantes, tes belles mains très suppliantes, tes blanches mains comme enchaînées à tes yeux clairs.
Tu pâliras, tu rougiras,
Tu souriras, tu saisiras dans tes bras nus mes jambes dures;
Tu m’aimeras, tu m’aimeras,
Car je suis ton Seigneur et ton Maître.Psaume Y – Paul Valéry, Mélange, Pléiade, Oeuvres, Tome I

 

 

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