Ma liberté

La colère ou ce sentiment horrible qui vous envahit et qui ne vous quitte pas. Vous la pensez enterrée et non, elle est là: sourde. Elle sommeille en vous et elle vous éclate au visage au moment le plus inopportun.

Depuis les évènements de Paris, je suis atrocement en colère. Je bouillonne jour après jour. J’oscille entre la tristesse, la lassitude, l’envie de tout démolir autour de moi. Je ne réussis pas à faire redescendre cette tension qui me rend à la fois agressive et angoissée.

Le soir des évènements à Paris, j’étais entourée de gens que j’aime à quelques milliers de kilomètres de mon mari. Invitée à une soirée légère à laquelle j’avais un peu hésité à assister exceptionnellement. Je n’ai pas réalisé ce qui se passait au tout début. D’ailleurs j’ai cru à une mauvaise blague. Puis, je ne connais pas bien Paris alors, je n’avais pas conscience d’être à quelques centaines de mètres de corps qui tombaient les uns après les autres sous les balles d’assassins.

Je suis partie de ma soirée comme une voleuse, accompagnée de deux amis. Vexée de devoir les quitter, angoissée pour le devenir de ceux qui restaient ou qui nous quittaient seul-e-s. Une réaction de sale môme.

Arrivés à l’hôtel, j’ai parlé d’eux une bonne partie de la nuit peut être pour exorciser la crainte de ne pas les revoir. J’ai guetté les sms. Puis, j’ai baisé sans vraiment baiser. Et, je me suis effondrée de fatigue, j’ai dormi comme il m’arrive rarement. Au fond de moi, j’étais effrayée. Je voulais retrouver mes enfants, mon mari, mon amant. Je revois encore son regard empli d’incompréhension face à tant de haine et de douleur.

Pour la première fois, je m’en suis voulu d’avoir laissé mes enfants pour une soirée libertine, pour du sexe, du cul, des discussions animées, pour de la Liberté. Oui, je me suis sentie coupable de ma propre Liberté.

Le lendemain, il a fallu sortir de la chambre d’hôtel, seule. J’ai hésité à ouvrir les rideaux de la chambre, j’ai eu peur de chaque bruit, j’ai ressenti un immense vide au fond de moi. Je n’osais pas vraiment sortir de mon antre. Ma douche prise, habillée, je me suis finalement dirigée vers la gare. J’ai branché mes écouteurs pour rentrer dans une bulle. 

Paris n’était plus le même, Paris était mort l’espace d’un instant. Prendre le train était la dernière étape avant de fuir cette ville que j’apprends pourtant à aimer un peu plus à chaque passage.

Je l’ai attendu en rassurant tout mon entourage mais une fois installée dans le wagon, j’ai réalisé à quel point il aurait été facile d’attaquer des innocents dans une gare.

Cette colère est toujours présente.

Je me rends compte à quel point je vous hais. Je vous hais tous, tous ceux qui ont tué pour des dessins, tous ceux qui endoctrinent les plus jeunes, tous ceux qui ont arraché des vies à des innocents, tous ceux qui cachent ces femmes pour de fausses bonnes raisons religieuses. Je vous hais parce que vous transformez la tolérance en arme de guerre.

Mais sachez que tels des adultes qui donnent une fessée à un enfant, vous avez perdu la bataille en tuant des innocents.

Je vous hais d’avoir ôté une partie de notre insouciance, de notre liberté. Je suis tellement en colère d’être une de vos armes de guerre en tant que citoyenne.

Je suis en colère mais vendredi, je serai à nouveau auprès de mes amis à Paris pour une autre soirée libertine.

Vendredi, je vais m’éloigner de mes enfants presqu’en toute insouciance pour oublier ma vie quotidienne et plonger dans un bain de fantaisie et de liberté. Et d’ici là, j’espère que ma colère s’estompera car vous ne la méritez même pas !

2 commentaires sur “Ma liberté”

  1. « . Eh bien, quand un homme se « conduit comme un homme », on le traite de libertin et on lui claque la porte au nez. Est-ce vraiment mieux ? Comment peut-on pretendre que les hommes beneficient d’un traitement de faveur et d’une liberte sexuelle plus grande que les femmes, quand ils sont stigmatises et ostracises a ce point ?

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